Échange Humanitaire No. 20 : Les situations d’urgence silencieuses
by ODI May 2002

L’humanité commune et le principe d’impartialité sont les fondements de l’humanitaire. Toutefois, en raison de l’évolution de la politique mondiale, les tendances actuelles penchent vers un éloignement de l’affectation impartiale d’une assistance humanitaire publique et vers une érosion de l’universalité de l’action humanitaire.

 

Au cours de la dernière décennie, des interventions politiques et militaires majeures se sont déroulées sous une bannière humanitaire et le volume total de l’aide humanitaire s’est progressivement accru. Ces tendances sembleraient être de bon augure pour les populations qui ont besoin d’assistance et de protection humanitaires. Mais en réalité, l’engagement international et les ressources internationales sont déployés de façon très sélective : selon où elles habitent, il existe des différences considérables dans la capacité des populations à avoir accès à une assistance humanitaire internationale. Dans la majorité des cas, l’engagement international dans les régions de crise brille par son absence.

 

Pour ces situations d’urgence silencieuses et oubliées, l’assistance humanitaire demeure la dernière contribution internationale, souvent très modeste, à la protection de quelques unes des populations les plus vulnérables du globe. Le quasi-abandonnement de ces populations est de plus en plus flagrant car les ressources humanitaires sont concentrées dans les pays ou les parties de pays dont l’importance stratégique est la plus grande pour les principaux intervenants. Il s’agit là d’une violation du principe d’impartialité à un niveau planétaire.

 

Et pourtant, il est étonnamment difficile d’assortir l’assistance humanitaire aux besoins au plan mondial. Les effets de cette insuffisance de ressources et le manque de réaction face aux situations d’urgence silencieuses et oubliées n’est pas systématiquement documenté et, en outre, il n’existe pas de données chiffrées acceptées au plan international qui permettent de comparer aisément les pays entre eux quant à l’ampleur des besoins de protection et d’assistance. L’on dispose, par contre, d’une pléthore d’éléments de preuve émanant de tous les coins du globe concernant le manque d’accès des populations à la nourriture, aux abris, aux soins médicaux et aux autres préalables de base qui permettent de survivre dans les conflits et les catastrophes.

 

De nombreuses agences et organisations concentrent leur assistance proportionnellement aux ressources disponibles dans le monde et les conséquences des tendances mondiales sur l’impartialité de l’assistance semblent avoir attiré relativement peu d’observations. Il reste à voir si les acteurs humanitaires parviennent à riposter sérieusement aux changements plus généraux de la réaction internationale et s’ils veillent à ce que l’aide humanitaire pourvoie réellement aux besoins sans discrimination et sans distinction de race, de religion, d’affiliation politique et d’autres considérations.

 

Ce numéro d’Échange des pratiques humanitaires est tout particulièrement axé sur les situations d’urgence. Anna Jefferys de Save the Children (UK) examine le concept de la situation d’urgence silencieuse et suggère des façons d’évaluer et d’apporter une solution à ce silence. Nous nous penchons également sur six des urgences les plus silencieuses du monde : le territoire de Shabunda dans la République démocratique du Congo ; la région de la Casamance au Sénégal ; l’Ouganda ; la Tchétchénie ; le nord-est de l’Inde et la Corée du Nord.

 

Suite à notre série spéciale d’articles sur l’Afghanistan, dans le dernier numéro, nous avons deux articles qui continuent sur la lancée des évaluations précédentes de la réaction humanitaire face à la crise politique et de l’examen du Cadre stratégique, en vue d’en dégager les enseignements pour la réaction internationale en Afghanistan. Enfin, des articles sur un vaste éventail de pratiques humanitaires, d’initiatives institutionnelles et d’élaboration de politiques de tous les coins du globe complètent ce numéro.