Échange Humanitaire No. 14 : La violence à l’encontre des femmes
by ODI October 1999

En Sierra Leone, les forces rebelles violent les femmes et les filles au titre de butin de guerre et pour les punir de l’appui qu’elles pourraient apporter aux forces de l’opposition. Au Pakistan, les femmes victimes de violence sexuelle sont confrontées à un préjugé fortement défavorable si elles traduisent leur cause devant la justice : les lois et ceux qui les appliquent dévalorisent les témoignages des femmes et exposent ces dernières à des poursuites pour rapports sexuels illicites si elles ne peuvent prouver qu’elles ont été violées. Il n’y a pas si longtemps, ces problèmes n’auraient pas suscité la moindre attention. Pendant la guerre, le viol était traité comme étant un aspect inéluctable, bien que regrettable, de la guerre ; les femmes étaient rendues responsables de toute violence sexuelle, et il était pardonné aux maris de battre leurs femmes.

 

Plus de cinquante ans après que la Déclaration universelle des Droits de l’Homme a promis le respect des droits individuels à chacun, les activistes ont forcé les gouvernements à reconnaître que les droits des femmes étaient fréquemment bafoués et qu’il était du devoir des gouvernements de mettre un terme à ces violations. Rien qu’au cours de l’année dernière, nous avons renforcé les normes qui interdisent le non respect des droits individuels des femmes et nous nous sommes assurés que ces normes étaient appliquées. Le texte de loi de juillet 1998 portant création d’une Cour pénale internationale, texte négocié par les États membres de l’ONU, confère explicitement cette Cour la juridiction pour le viol, l’esclavage sexuel et toutes les autres formes de violence sexuelle. Une autre étape importante s’est produite en septembre 1998 lorsque le Tribunal pénal international pour le Rwanda a puni la violence sexuelle dans une guerre civile et a dénoncé le viol pour la première fois comme étant un acte de génocide. En mars 1999, dans le cadre de la Commission des Nations unies sur le statut de la Femme, les gouvernements ont créé un moyen de faire respecter la Convention sur l’Élimination de toutes les formes de discrimination à l’encontre des femmes. Grâce à ce mécanisme, les femmes pourront enfin signaler les violations de leurs droits et exiger que les mauvais traitements dont elles seraient victimes fassent l’objet d’enquêtes.

 

S’il est bon de se féliciter de ces progrès, les articles qui figurent dans ce bulletin témoignent du long chemin qui reste encore à faire. Les Gouvernements excellent à proclamer leur attachement envers les droits individuels des femmes tout en suivant des politiques qui sapent ces mêmes droits. Ainsi, alors que les gouvernements on  condamné le recours au viol en temps de guerre, ils ne procèdent pas pour autant à des enquêtes, ni n’engagent de poursuites contre le viol comme étant un crime de guerre. Les États se désintéressent également de la menace de violence sexuelle qui plane sur les femmes réfugiées. L’agencement même des camps de réfugiés oblige les femmes à s’en éloigner pour trouver du bois à brûler, risquant ainsi de se faire attaquer. De surcroît, les mesures qui régissent les rations renforcent la position des femmes en tant qu’être subalterne car les approvisionnements sont remis seulement aux chefs de famille de sexe masculin. Les femmes qui dépendent des hommes pour leur nourriture et les   approvisionnements de base peuvent se trouver prises au piège dans une relation abusive ou bien contraintes à se soumettre à des rapports sexuels pour se procurer de la nourriture.

 

Les articles qui suivent montrent pourquoi il est essentiel d’imaginer comme la situation pourrait être meilleure. La violence sexuelle en temps de guerre ou à l’encontre de femmes déplacées et réfugiées entraîne des conséquences graves sur la santé pour les femmes blessées ou exposées à des maladies sexuellement transmissibles (MST). De nombreuses femmes ne jouissent toujours pas de leur autonomie en matière de reproduction ni sur le plan sexuel ; leurs choix sont contrôlés par la violence, la coercition et la discrimination. Et les femmes qui cherchent à saisir des chances économiques se retrouvent à travailler dans des  conditions de quasi esclavagisme qui profitent seulement à leurs “ propriétaires ” et à la police locale.

 

Pour changer, il faudrait adopter des mesures sur de nombreux fronts : à savoir, démanteler les structures qui renforcent l’inégalité des femmes ; apporter une réponse aux préoccupations immédiates des femmes ; et mettre en place des remèdes qui répondent aux besoins réels des femmes. Près de cinq ans après que les femmes ont demandé instamment, à Beijing, que des mesures soient prises, il est grand temps que l’amélioration de la vie des femmes deviennent réellement une priorité.

 

Regan Ralph, Directeur exécutif, Section Droits individuels des femmes, Human Rights Watch, Washington DC, États-Unis.