Assistance alimentaire d’urgence à Haïti: leçons retenues d’une opération GTZ post tremblement de terre à Léogâne
by March 2011

Dans sa réponse immédiate au tremblement de terre d’Haïti, le Ministère de la coopération économique allemand (BMZ) débloqua 1 million d’euros pour une assistance alimentaire d’urgence.  GTZ organisa l’approvisionnement et le transport par son bureau de pays en République dominicaine voisine, utilisant un projet existant d’aide transitoire et d’urgence (Emergency and Transitional Aid/DETA) orienté vers le développement pour déployer le personnel et les facilités en vue d’organiser des distributions sur le terrain.  Léogâne, une ville sévèrement atteinte et située à 35km à l’ouest de Port-au-Prince, fut sélectionnée pour l’intervention, et la distribution des vivres commença le 22 janvier.  Pour sélectionner les points de distribution et effectuer les distributions, GTZ collabora étroitement avec les autorités locales, les comités d’urgence locaux et les forces de sécurité onusienne et canadienne basées à Léogâne.  A la fin de l’opération, le 23 février, 135.860 cartons avaient été distribués contenant des rations de dix jours en farine de blé, riz, haricots, huile et sucre (un total d’environ 1.000 tonnes de vivres).  L’opération fut exécutée rapidement et efficacement, et contribua à atténuer l’extrême pénurie alimentaire à Léogâne et ses environs.  Les partenaires d’exécution comprenaient Deutsche Welthungerhilfe, Arbeiter-Samariter-Bund, Kindernothilfe, CARE Haiti et Help.

Leçons retenues

Réponse rapide

Parce qu’un projet DETA était déjà en place dans une autre région du pays, GTZ put réagir rapidement et efficacement à la suite du tremblement de terre.  En fait, GTZ était opérationnel deux jours seulement après le tremblement de terre.  Le soutien apporté par le bureau GTZ en République dominicaine permit aussi une opération rapide d’approvisionnement, d’emballage et de transport de l’assistance alimentaire.

Coordination

Les organisations d’aide ne purent atteindre les environs de Port Léogâne immédiatement après le tremblement de terre.  Selon le SitRep d’OCHA du 21 janvier2010, « Le Gouvernement a demandé à  ses partenaires humanitaires une mise en place rapide d’assistance humanitaire pour les régions affectées à l’extérieur de Port-au-Prince, tels que Léogâne, Petit Goave et Grand Goave.  L’aide humanitaire, y compris l’alimentation, l’eau, les abris et l’assistance médicale atteint ces régions, mais un tour d’horizon plus détaillé de la présence des partenaires humanitaires et de leurs activités est nécessaire ».  L’identification et l’allocation du domaine d’intervention à GTZ furent efficacement menées par le Cluster d’aide alimentaire sous la conduite du PAM.  La coordination entre GTZ et le PAM fut efficace, et l’opération commença le lendemain du jour où la décision d’allouer la région de Léogâne à GTZ avait été prise.  La coordination avec les comités alimentaires locaux fut aussi fructueuse.

Les rations alimentaires: composition et emballage

Les rations alimentaires distribuées par GTZ fournissaient 2.890 kcal par jour, dépassant d’un tiers le standard minimum de 2.100 kcal par jour.  Les rations étaient emballées dans des boîtes en carton.  Bien que ce type d’emballage fût légèrement plus cher, la décision d’utiliser des boîtes en carton était essentielle au succès de l’opération.  Les boîtes étaient plus faciles à manier, distribuer et transporter, et elles étaient réutilisées efficacement par la population affectée, au lieu d’être jetées.

Logistique

GTZ travailla en collaboration étroite avec les forces de sécurité onusienne et canadienne pour assurer le transport, l’emmagasinage et la distribution sécurisés des rations alimentaires.  La coopération avec les militaires s’est montrée très réussie pour éviter le pillage et localiser des points de distribution appropriés et sans danger.  De plus, les militaires pouvaient atteindre des populations affectées et leur porter assistance dans des régions autrement inaccessibles.

Organisation de la distribution

Des comités d’urgence furent établis pour faciliter l’organisation des distributions.  En coopération avec les comités, il fut décidé que les distributions alimentaires cibleraient exclusivement les femmes et les enfants.  Les forces armées étaient présentes pendant les distributions pour éviter les échauffourées.  Au surplus, le ciblage assurait efficacement que les besoins de tous les membres du foyer (y compris les hommes) seraient satisfaits et que les marchandises distribuées seraient consommées plutôt que vendues.

Retrait gradual et relève

Dès sa conception, il fut décidé que le projet de réponse d’urgence de GTZ serait limité dans le temps et devrait assurer l’approvisionnement des nécessiteux en produits alimentaires jusqu’à ce que d’autres organisations humanitaires puissent prendre la relève dans la région.  La coordination avec le Cluster alimentaire régional s’est révélée positive dès le début, et le passage de pouvoir fut planifié et organisé en coopération avec le PAM tout au long de l’intervention qui dura un mois.  Par suite, le PAM était tout à fait prêt à prendre la relève lorsque l’intervention de quatre semaines de GTZ prit fin, et le passage de pouvoir fut aisé et efficace.

Facteurs qui contribuent à une opération réussie           

L’opération GTZ fut grandement appréciée par les partenaires locaux et internationaux qui soulignèrent en particulier la conception bien organisée et structurée de la planification et de l’organisation de la distribution des denrées alimentaires.  Le succès de l’opération d’urgence résulta de conditions spécifiques (facteurs externes), combinés avec les propres capacités de GTZ (facteurs internes).

Les conditions importantes qui facilitèrent l’exécution efficace et effective de l’opération d’assistance alimentaire d’urgence de GTZ furent les suivantes:

  • Le fait que le pays voisin, la République dominicaine, n’était pas affecté par le tremblement de terre, était économiquement relativement développé et pouvait servir pour l’approvisionnement en denrées alimentaires.
  • Le fait que GTZ avait un bureau de pays en République dominicaine qui pouvait immédiatement initier et organiser l’approvisionnement, l’emballage et le transport.
  • L’existence d’un projet GTZ-DETA à Haïti fournissait une base organisationnelle pour l’opération d’urgence et facilitait la mobilisation immédiate du personnel et des capacités de transport.  Le personnel était au fait des conditions locales et avait établi des contacts pour organiser et exécuter l’opération en coordination et coopération avec d’autres organisations.
  • Il y eut une attribution relativement rapide et claire de la zone géographique d’intervention.
  • La présence des forces onusienne et canadienne assura la sécurité pendant l’opération.
  • Il y avait des organisations de la société civile sûres et bien établies avec lesquelles GTZ pouvait coopérer.

 

Ces facteurs externes se combinaient harmonieusement avec les capacités particulières de GTZ:

  • Le personnel avait l’expérience d’opérations d’urgence, était au fait des conditions locales et avait de bonnes aptitudes à la gestion et un talent pour l’improvisation.
  • La communication, la coordination et la coopération au sein de l’équipe et avec les partenaires étaient bonnes.
  • Les processus (logistique, distribution) étaient bien structurés.
  • Il y avait une sensibilisation aux priorités et une aptitude à y répondre, et le personnel était souple et s’ajustait bien aux conditions défavorables et imprévues.
  • Tout le personnel engagé était prêt à dépasser ses routines de travail quotidiennes.

 

Les conditions ci-dessus, et ces capacités, sont à la base de la bonne performance d’ensemble atteinte, et peuvent être considérées comme les avantages comparatifs cruciaux de GTZ dans le lancement de l’opération d’aide alimentaire d’urgence à Haïti.

 

Manfred Metz est un consultant indépendant.

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