Échange Humanitaire No. 4 : Bulletin d’information
by ODI September 1995

Éditorial

Les questions de responsabilité et de régulation dominent presque l’ordre du jour humanitaire. Cet ordre du jour découle de préoccupations multiples. Les agences qui se consacrent aux urgences n’ont jamais été si nombreuses et le coût de l’aide humanitaire internationale continue de grimper: la réaction internationale suscitée par la crise au Rwanda avait un prix, de 1,2 milliard de dollars US seulement pour la période entre avril et décembre 1994. Ce coût augmente au moment où les budgets pour l’aide humanitaire sont passés au peigne fin comme jamais auparavant: du Congrès à Washington au Sommet de l’Union européenne à Cannes, les politiciens posent des questions assidues.

 

Ils ne sont, toutefois, pas les seuls à être préoccupés et il ne s’agit pas uniquement d’une question d’argent. Les interventions de l’aide humanitaire exigent des qualités exceptionnelles: les agences et leur personnel doivent faire preuve de sensibilité et de compréhension dans des situations complexes tout en maintenant les meilleures normes professionnelles. On ne peut guère s’imaginer un autre secteur ou domaine professionnel qui gère des budgets aussi vastes et importe autant, à la fois aux pourvoyeurs et aux bénéficiaires de l’aide humanitaire, presque sans aucune réglementation.

 

Les ONG sont au coeur de ces débats sur la responsabilité et la réglementation. Bien que soumises au regard de plus en plus scrutateur des bailleurs de fonds, elles sont aussi une source primordiale d’innovation, quant à l’élaboration de normes de conduite communes et de mécanismes communs pour leur mise en application. En 1994, le Mouvement international de la Croix Rouge et du Croissant Rouge, en collaboration avec plusieurs ONG, a publié un Code de Conduite en tant que guide pour les interventions de secours. Dans l’avant-propos du Code publié par le RRN, nous avons accueilli favorablement cette orientation vers l’autorégulation et l’établissement de normes aux sein des organisations nongouvernementales.  Nous avons souligné, toutefois, que le véritable objectif serait de convertir ces grands principes, auxquels peu de gens s’opposeraient, en mécanismes spécifiques visant à ce que les programmes de secours répondent à des normes professionnelles élevées.

 

Au cours de l’année passée, la mise en application du Code de Conduite s’est poursuivie. Dans le présent numéro du Réseau “Aide d’urgence et réhabilitation”, nous publions un compte rendu sur des aspects importants pour la gestion et le soutien des agents humanitaires expatriés. Ce compte rendu, commandé par quatre ONG, place la gestion des ressources humaines au centre même du débat sur la qualité des programmes d’aide, et la nécessité d’une meilleure conscience professionnelle dans les interventions humanitaires.

 

Deux recommandations principales sont faites dans ce compte rendu: l’élaboration d’un code des usages dans les domaines du recrutement et du soutien du personnel, et la création d’un organisme en vue de contrôler et de promouvoir les bons usages en matière de gestion. Il est proposé qu’un Coordinateur inter-agences soit chargé du suivi de ces recommandations. Actuellement, l’attention est portée sur la Grande- Bretagne, mais le champ d’application d’une telle initiative peut être bien plus étendu. Nous serions enchantés de recevoir les commentaires des membres du RRN indiquant leurs connaissances et expérience de la gestion et de l’accréditation du personnel dans les situations d’urgence.

 

La suite des sujets concernant la responsabilité et les normes est donnée dans le Bulletin d’information, outre une mise à jour du Code de Conduite de la Croix Rouge, des Directives résultant du Forum du Commonwealth pour la politique et les usages corrects à appliquer par les ONG, et un nouveau code sur l’emploi de l’aide alimentaire, établi par EuronAid. Ce code souligne en particulier que l’aide humanitaire devrait servir à promouvoir des objectifs de développement à long terme, et non pas seulement de mesure intérimaire pour répondre à une situation immédiate de crise humanitaire. Ce sujet est approfondi par Penny Jenden de SOS Sahel dans le Dossier thématique n° 11 qui contient le compte rendu d’un projet novateur sur la sécurité alimentaire à Koisha, dans le sud de l’Ethiopie, une région où sévit une pénurie de vivres chronique. En 1991, le gouvernement éthiopien a lancé une Politique nationale pour les mesures préventives et la planification préalable en cas de catastrophe, ayant pour but de maximiser le potentiel de développement de l’aide humanitaire. Le Dossier thématique n° 11 suggère que, malgré l’importance qu’il y aurait à renforcer les liens entre l’aide humanitaire et l’aide au développement dans des régions comme Koisha, l’objectif principal consiste à savoir comment faire face à une pénurie de vivres structurelle due à l’interaction de la détérioration de l’environnement, d’une mauvaise gestion au cours de plusieurs décennies successives, d’un investissement insuffisant dans la mise en valeur des ressources humaines, et de la croissance démographique. Dans le cadre du sud de l’Ethiopie, la perspective du passage en linéaire d’une aide humanitaire à une aide au développement, est manifestement irréalisable, car ces deux formes d’aide doivent contribuer ensemble à rendre les grandes populations moins vulnérables aux dangers chroniques et aux chocs soudains qui menacent leurs moyens d’existence.

 

L’objectif de répondre à une crise structurelle est de nouveau abordé dans le Dossier thématique n° 12 par Joanna Macrae, qui examine les dilemmes de la période transitaire ‘après’ conflit en s’appuyant sur les expériences acquises dans le secteur de la santé. Dans son article, elle soutient que les définitions habituelles de l’aide à la réhabilitation ne conviennent pas aux périodes ‘après’ conflit. Elle semble indiquer, en particulier, que les interventions en matière de réhabilitation ont tendance à faire usage des moyens de secours, visant à répondre aux urgences en ravitaillements matériels et aux besoins critiques d’une infrastructure brisée, sans se préoccuper parfois de l’état de crise plus grave des systèmes économiques, politiques et sociaux des communautés affligées par ces conflits. Par conséquent, dans le cas des services de la santé, une réhabilitation de leur infrastructure endommagée et une disponibilité accrue de vivres ne suffisent pas. Il est nécessaire d’aborder les questions essentielles concernant les ressources humaines et le financement des services de la santé. Mais pour élaborer une politique et un programme de santé de cet ordre, il sera nécessaire de surmonter des restrictions majeures dans les milieux politiques et institutionnels en transition, ainsi que les obstacles présents dans le système de l’aide lui-même.

 

Quant au rôle des femmes dans les situations d’urgence, Kitty Warnock de l’Institut Panos présente les dernières

publications consacrées aux femmes dans les situations d’urgence, en soulignant le manque de sensibilité envers les femmes qui caractérise bon nombre d’opérations d’aide d’urgence. Lindsey Hilsum présente une perspective très différente de la participation des femmes dans les situations de crise. Son article, Les femmes meurtrières au Rwanda, remet en question les hypothèses, quant au rôle des femmes en temps de conflit et décrit comment des femmes au Rwanda ont été à la fois victimes et auteurs du génocide.

 

Egalement dans le Bulletin d’information, Ailsa Holloway, de la Fédération internationale de la Croix Rouge, réexamine la sécheresse de 1992 en Afrique australe et se demande si des leçons ont été retenues de l’action humanitaire réalisée par cette organisation, compte tenu qu’une fois de plus la région traverse une grave période de sécheresse. Gill Shepherd examine l’impact de l’afflux massif de populations sur l’écologie des communautés d’accueil. En prenant pour exemple la Tanzanie qui, récemment, a reçu un nombre important de réfugiés rwandais, elle définit les dangers à court et long termes de ces afflux de populations et propose des mesures d’intervention pratiques en vue d’en atténuer les pires effets.

 

Dans le Bulletin d’information, nous signalons aussi deux nouveaux développements dans le Réseau même. Suite au récent plongeon du RRN dans le ‘surf’, les ‘surfeurs’ de Internet ont à présent accès aux informations concernant le Réseau, les publications et l’adhésion au Réseau par le biais du Worldwide Web (WWW) et nous espérons qu’éventuellement, les publications serons accessibles sur le ‘Net’ – je vous donne donc rendez-vous sur la plage!

 

Outre nos Bulletins d’information et Dossiers thématiques habituels, nous incluons dans le présent publipostage un fascicule contenant plusieurs documents présentés lors d’une conférence qui a eu lieu en début d’année en association avec le Département des affaires humanitaires des Nations Unies, le Overseas Development Institute et Actionaid. Ce fascicule contient une série d’articles qui explorent les conséquences de l’instabilité pour l’aide humanitaire et l’aide au développement. Plusieurs activités de suivi sont actuellement projetées et nous informerons nos membres de tout développement à ce sujet.

 

S’il existe un point commun entre les divers articles et documents qui figurent dans le présent numéro, c’est le fait que le monde dans lequel les ONG et autres agences d’aide humanitaire opèrent devient de plus en plus complexe et exigeant. Les opinions exprimées dans notre présent publipostage suggèrent que bon nombre des hypothèses qui ont étayé et servi de guide aux interventions de l’aide d’urgence et de l’aide au développement, sont mises à l’essai. Compte tenu que la différence entre l’aide humanitaire et l’aide au développement s’estompe et que le cadre dans lequel les ONG opèrent est de plus en plus encombré, il devient nécessaire aux agences et aux exécutants de s’analyser et de réexaminer leurs objectifs, missions et procédures de gestion. Ils devront également assurer des ressources suffisantes et appropriées afin que l’aide humanitaire maintienne son niveau de qualité. Il faudra de même assurer que l’intervention humanitaire soit soutenue par une action politique qui aborde les causes et pas seulement les symptômes de vulnérabilité. Les ONG et autres exécutants doivent donc s’extérioriser et s’entretenir avec les politiciens, le public et les médias. Il est nécessaire que des alliances stratégiques s’établissent en vue d’encourager l’échange d’informations, de fournir des mécanismes pour la prise de responsabilité et de déterminer les conditions de la politique future: nous espérons que notre présent publipostage ouvrira une fenêtre sur les débats actuels et en occasionnera d’autres.

 

Dans ce numéro…

Articles:

Afrique australe: Qu’en est-il de l’atténuation de la sécheresse? par Ailsa Holloway …………… 5

Les réfugiés et l’environnement par Gill Shepherd  ……………7

Les femmes meurtrières au Rwanda par Lindsey Hilsum  ……………11

Les femmes, la guerre et l’intervention humanitaire par Kitty Warnock  …………… 14

 

Actualités:

Projet de budget de l’Union Européenne pour 1996  …………… 17

Sommet de Cannes  …………… 17

Code de Conduite de EuronAid  …………… 18

Code de Conduite de la Croix Rouge  …………… 21

Forum du Commonwealth  …………… 21

 

Réactions  …………… 3

Mise à Jour  …………… 22

Stages de Formation  …………… 30

Conférences  …………… 31

Publications  …………… 33

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